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Publié : 1er juin 2012

Lycéens d’ailleurs... et d’ici : # 8/8 Sara & Leo, Franco-Finlandais

Sara a 18 ans, Leo 16 ans. Ils sont nés en France. Leur père est français, leur mère finlandaise. Sara est en terminale L, Leo en première L.

Est-ce que vous pouvez raconter l’histoire de vos parents, dire comment ils se sont rencontrés ?

Leo : Ils se sont rencontrés aux Beaux-arts à Paris. Notre mère est partie de Finlande, parce que là-bas les études d’art n’étaient pas exceptionnelles, donc elle est venue à Paris aux Beaux-arts, et elle a rencontré notre père. Ils étaient dans la même classe en fait.

Sara : Ils ont eu un coup de foudre, ils sont tombés amoureux (sourire).

Comment est-ce qu’ils sont arrivés à Dieppe ?

S. : En fait mon père a toujours habité à Offranville, avec sa famille, et il voulait vraiment rester ici, pour la région etc. Donc ils se sont installés à côté, à Petit-Appeville, et ils sont restés.

Cette formation aux Beaux-arts, je suppose que ça a débouché sur une carrière artistique, ou un intérêt pour l’art…

S. : Oui, oui. Notre mère est artiste, c’est son travail. Notre père expose aussi, mais il n’arrive pas à en vivre, donc il a une entreprise d’électricité.

L. : Ce n’est pas qu’il n’arrive pas à en vivre, c’est qu’il a choisi de faire un autre métier pour être sûr d’avoir de l’argent en fait…

S.  : …et pour pouvoir faire librement son travail de sculpteur à côté.

Oui, c’est-à-dire que s’il se consacrait entièrement à l’art ça mettrait en cause la stabilité économique…

S. : …du foyer, voilà.

Il pense à vous c’est bien ! …Quand vous dites artiste, c’est dans quel domaine ?

S. : Maman est plasticienne, elle fait de la sculpture, de la peinture...

L. : Surtout de la sculpture.

S. : Elle donne des cours aussi. Elle a travaillé avec les gens du Ravelin, des gens handicapés.

(…)

S. : Son travail (en tant qu’artiste] marche beaucoup mieux à l’étranger qu’en France (…) Elle fait de grandes expos en Finlande, elle expose en Corée, en Allemagne, donc ça marche mieux ailleurs qu’ici. On a une maison en Finlande, en fait c’était la maison de notre grand-mère qui est morte l’an dernier, et elle a un grand atelier en face. Parce que notre grand père est sculpteur aussi, donc c’est l’atelier qu’il a construit et elle va là-bas, quand elle a des grandes pièces par exemple, des choses en bronze, elle peut faire de la fonderie, des choses comme ça.

Donc elle est amenée à faire beaucoup d’allers-retours entre la Finlande et la France.

S. : Elle y va tous les deux trois mois.

Elle fait une sorte de résidence d’artiste là-bas, chez elle bien sûr, elle crée et après elle revient ici...

S. : Elle a aussi un atelier à la maison. Là-bas c’est plus pour les grandes pièces. Je pense qu’elle a aussi besoin d’y retourner souvent.

Parlons de vous : Comment est-ce que vous vivez cette double culture, d’abord chez vous, dans la famille, au quotidien ?

S. : Moi je me sens toujours proche de cette culture. J’ai passé l’option finnois au bac, parce qu’on peut passer ça en langue rare, comme le basque ou le breton. J’essaie de lire des livres en finnois, de regarder des films finlandais. Mais on ne parle pas finnois à la maison. Donc c’est plus ce que disait Leo tout à l’heure, on est vraiment finlandais quand on est là-bas mais ici on ne l’est pas trop…

Comment ça se fait que vous ne parliez pas finnois à la maison ?

S. : Notre père ne parle pas du tout finnois.

Il n’a pas cherché à le parler ?

S. : Si, si, il a vécu trois ans en Finlande, mais il a tout oublié !

C’est une langue difficile…

S. : Oui je pense que quand ce n’est pas une langue maternelle… Il y a 15 déclinaisons.

C’est une langue très différente même des langues scandinaves je crois…

L. : C’est une langue finno-ougrienne, qui se rapproche des langues slaves.

Et ta mère ne cherche pas à vous faire parler finnois ?

S. : On parlait finnois avant de parler français. Quand on était petits on parlait tout le temps finnois. Mais après il y a le fait d’aller à la crèche, à l’école maternelle, il y a Papa qui ne parlait pas finnois…Ça s’est perdu comme ça. C’est fatigant d’essayer de parler ne langue que personne ne parle.

Vous la parlez quand vous allez là-bas ?

S. : Oui, oui, moi je parle tout le temps finnois là-bas. Et puis on a la famille, des copains…

Tu dis que ça a été difficile d’apprendre le finnois, mais finalement tu l’as tout de même appris toi ?

S. : Je pense que c’est dur pour un étranger dont ce n’est pas la langue maternelle. Sinon oui, j’ai su parler finnois avant de parler français alors…

Et toi Leo ?

L. : Moi je l’ai perdu. Je comprends ce que les gens disent, mais je ne trouve pas les mots pour leur répondre.

S. : En fait il vient moins souvent que moi en Finlande.

L. : Je ne cherche pas vraiment à apprendre la langue ni à [m’intéresser] à des choses du pays. Quand j’y vais-je parle finnois et puis c’est bon !

Et au lycée alors ? Est-ce que ça apporte quelque chose d’avoir cette double culture ?

L . : Pour l’apprentissage des langues !

S. : On est tous les deux très bons en langues étrangères. Je pense que ça facilite vraiment, que ce soit le finnois ou autre chose, d’avoir deux langues maternelles. Sinon par rapport au fait que je sois finlandaise…. (silence)… ce qui m’énerve quelquefois c’est que, quand je dis que je me sens finlandaise à moitié, les gens ne comprennent pas, parce que c’est ma mère qui est née là-bas, et pas moi, et du coup ils me disent : « Ben non, t’es française »

Tu parles des lycéens là ?

S. : oui ! Mes copains…(sourire). Après je leur parle du pays, mais …

Comment tu expliques ça, cette difficulté à te reconnaitre comme une Finlandaise ? Tu es blonde, caractéristique qui peut apparaitre comme scandinave…

S. : C’est juste qu’ils pensent que quand on n’est pas né dans le pays…

L. : Ca ne se porte pas [d’être finlandais]. Ce n’est pas comme si on était asiatique. Ce n’est pas quelque chose de vraiment visible donc…les gens ont tendance à se dire : « Il est pas vraiment étranger »

Quelque part ça les dérange aussi, non, s’ils ne veulent pas [vous reconnaitre comme étrangers]. Ils on tendance à penser que tu devrais être comme eux, que tu es comme eux et que tu dois être comme eux finalement…

S. : Oui voilà, ils se disent : « Elle dit ça pour faire son intéressante » (sourire)…Ça doit être ça…. Je ne sais pas, ils ne connaissent pas …

Pourquoi ça t’énerve ? Parce que tu te sens niée ?

S. : C’est juste que je sens que ça fait vraiment partie de moi.

Et toi Leo, tu ressens la même chose, avec tes copains lycéens ?

L. : Non. Ils savent que je suis finlandais et ils trouvent ça plutôt bien en fait. Ils m’appellent « Le Finlandais »

La différence entre vous est-ce que ce n’est pas que toi Sara, tu as tendance un peu à le mettre en avant, et toi, Leo, plutôt à ne pas le mettre en avant…

L. : Ce n’est pas que je ne le mets pas en avant, c’est que…

S. : (à Leo) C’est vrai que tu ne le mets pas en avant.

L. : Je ne vais pas crier que je suis finlandais. (...) Je ne me présente pas en disant : « Bonjour, je suis Leo, je suis franco-finlandais »…

S. : Moi non plus !

L. : ... mais j’en parle aux gens.

Et quand vous êtes en Finlande, comment est-ce que vous vivez cette double nationalité ?

S. : En Finlande on est perçus comme des Français. Je pense que c’est le cas quand on a une double nationalité. En Finlande on est français, et ici on est plutôt finlandais.

En Finlande vous avez tendance à valoriser un peu votre nationalité française ?

S. : Je ne sais pas parce que les Français ils ont un peu une salle réputation.

L. : Non les Français sont vraiment adorés en Finlande. Notre mère ses parents étaient très contents quand elle s’est mariée avec notre père. Pour eux la France c’était un beau pays, ils adoraient ça. C’est comme dans beaucoup de pays, c’est la french touch.

Qu’est-ce qu’ils aiment les Finlandais chez les Français ?

S. : (à Leo) Je ne suis pas trop d’accord avec toi, je pense que c’est une bourgeoisie finlandaise, les riches Finlandais qui achètent du fromage français ou qui boivent du vin français, mais c’est seulement ça. On a plus une réputation de malpolis.

L. : Je ne suis pas d’accord.

De quelle nationalité vous êtes ?

S. : Officiellement ? Franco-finlandais tous les deux.

Donc vous avez la double nationalité.

S. : Oui

Vous pensez la garder ?

S. : En fait pour la garder il faut soit quand on est un garçon faire son service militaire, en Finlande, parce que le service militaire là-bas est encore obligatoire, pendant 6 mois. Ou sinon écrire une lettre. Moi je vais devoir écrire une lettre, sur mon rapport à la Finlande, et pour montrer que je parle la langue…

Tu devras passer un examen ?

S. : Non, juste une lettre, comme ça, pour montrer que ça m’intéresse.

Et toi Leo, il faudra que tu fasses ton service militaire ?

L. : Non je peux envoyer une lettre aussi, mais comme je ne parle pas le finnois…je vais soit faire mon service, soit trouver un autre moyen.

C’est à quel âge le service ?

L. : 18 ans.

C’est un service militaire ou c’est un service civil ?

L. : Non c’est un service militaire, mais ce n’est pas très long, ça dure 6 mois.

S. : Oui mais c’est à la rude ! Dans la neige, à moins 4°, en T-shirt, avec 40 kg sur le dos !

L. : Oui mais ça peut être amusant. Notre oncle, le demi-frère de notre mère, il l’a fait et ça lui a vraiment plu.

Oui, ski de fond etc… ça doit être une expérience…. Et de quelle nationalité vous vous sentez ? Je pense que vous allez me répondre « Les deux… »

S. : Oui moi je me sens franco-finlandaise. Toi (à Leo) je pense que tu te sens plus français.

L. : Je me sens français quand je suis en France et finlandais quand je suis en Finlande.

C’est différent de toi Sara qui te sens française en Finlande et finlandaise en France.

S. : Oui mais si on me pose la question comme ça je me sens vraiment des deux, je ne peux pas exclure une des deux nationalités.

Est-ce qu’il y a en a une que vous préférez ?

S. : Moi je pense que je suis vraiment intéressée par la culture finlandaise, parce que c’est ce que j’ai le moins. J’adore la France, mais je me pose plus de questions évidemment sur ce que je ne connais pas. Donc j’ai envie de découvrir tout ça…

Comment est-ce que vous voyez votre avenir par rapport à ça ?

S. : Moi je suis sûre que j’irais vivre là-bas une partie de ma vie. Je pense que c’est obligé !

Et toi Leo ?

L. : Je pense y aller toujours assez souvent, après. De là à y vivre je ne sais pas. Mais je n’ai pas tellement envie non plus de vivre en France.

Qu’est-ce qui t’arrêterait dans le fait de vivre en Finlande ? Est-ce qu’il y a des choses que vous n’aimez pas dans la Finlande ?

L. : La mentalité est vraiment différente. C’est des gens qui quand ils ne se connaissent pas sont très fermés.

S. : Oui c’est très différent de la France. Ils sont un peu trop polis… Non ce n’est pas de la politesse, c’est juste qu’’ils observent.

L. : Ils sont réservés, ils ne vont pas se lâcher, ils ne vont pas montrer leurs émotions.

S. : C’est peut-être pour ça qu’on passe plutôt pour finlandais ici, parce qu’on est plus réservés que la plupart des Français, et en Finlande on passe pour français, parce qu’on est plus expressifs.

Qu’est-ce que vous aimez dans cette culture ?

S. : Moi ce que j’adore c’est quand pendant les vacances d’été quand on va à la cabane au bord du lac, dans la campagne finlandaise. Ça c’est trop bien (sourire). C’est la meilleure semaine de l’année.

C’est un peu cliché !

S. : Oui c’est un peu cliché, c’est sûr, mais tous les Finlandais ont tous leur cabane où ils vont l’été, on mange le poisson qu’on pêche, on mange des myrtilles…on se baigne dans le lac, on va au sauna…

Tu disais (Sara) que tu regardais des films…Est-ce que le succès de Kaurismäki vous fait plaisir ?

L. : De son frère oui mais pas d’Aki.

S. : Il a un frère cinéaste…

L. : On n’aime pas du tout les films d’Aki, mais on aime bien les films de son frère.

S. : Tout le monde nous a demandé si on aimait Le Havre et… on n’aime pas tous les deux.(...) C’est peut-être parce qu’on le voit d’un point de vue finlandais que ça ne nous plait pas, parce que…moi j’ai vu un peu ce qui était énervant dans la Finlande, dans Le Havre. Le côté justement de la bourgeoisie finlandaise qui essaie de se donner un genre français, qui n’assume pas trop ce qu’elle est.

Le Havre est plein de clichés sur la France. D’ailleurs le fait d’avoir tourné un film au Havre, pour un Finlandais, c’est un choix.

S. : Moi je ne déteste pas, je trouve qu’il y a un certain… Il a bien fait ce qu’il a voulu faire, il y a une poésie dans le film. Mais ça ne m’a pas touché.

Donc vous ne vous reconnaissez pas en tant que Finlandais dans les films de Kaurismäki…Et chez son frère dont j’ai oublié le prénom …

L. : Mika

…qu’est-ce que vous aimez ?

L. : J’avais bien aimé un film qui se passait à Los Angeles *. C’était un étranger qui arrivait à Los Angeles pour retrouver une fille, c’était pas mal, il y avait de l’humour, même un peu d’humour finlandais, qui est très spécial, et qui est très rarement drôle.

S. : Je pense que si on n’est pas finlandais on ne peut pas comprendre l’humour finlandais (rire)

Vous pouvez donner un exemple ?

L. : Non. C’est de l’humour très étrange.

S. : Moi j’aime bien, ça me fait rire.

L. : C’est une des choses qui n’est pas agréable là-bas… plaisanter comme en France, avec de l’ironie, ce n’est pas possible là-bas. Tout ce qui est second degré ils ne comprendraient pas.

S. : C’est vrai que l’humour sarcastique, un peu moqueur qu’on connait en France, en Finlande ça ne se comprend juste pas parce que… je ne sais pas si c’est une qualité ou un défaut, mais ils ne jugent vraiment rien, ils ne jugent jamais les gens, dans leur regard ils sont toujours observateurs mais ils ne jugent rien, donc un humour moqueur je pense qu’ils ne comprennent même pas.

Ca les choquerait ?

S. : Non ça ne les choquerait pas mais ils ne comprendraient pas.

L. : Ils le prendraient au premier degré.

On ne peut pas qualifier l’humour finlandais ? C’est un humour un peu sombre, un peu désespéré ?

L. : Ce n’est pas désespéré, c’est juste que c’est pas efficace quoi.

S. : C’est un humour de situations gênantes. Ce sont des blagues qui ne sont pas drôles, et du coup c’est drôle.

L. : Si il y a une chose qui n’est pas bien en Finlande c’est ça !

Est-ce qu’il y a quelque chose qui vous manque de la Finlande, quand vous êtes en France ?

S. : Moi je n’y suis pas allée depuis décembre et ça commence à me manquer beaucoup. Mais on y retourne en juillet. Mais on y va plutôt souvent. C’est à deux heures d’avion. Et la maison qu’on a elle est à 20 minutes d’Helsinki.

Donc ce qui te manque c’est la maison dans la forêt...

S. : Oui la nature, oui

Et toi Leo, il y a quelque chose qui te manque ?

L. : En fait ça ne me manque pas vraiment quand je n’y suis pas, c’est juste que quand j’y vais, d’abord j’ai toujours envie quand on me le propose et quand j’y vais c’est agréable, ça me soulage. Mais sinon je n’ai pas le besoin toujours d’y aller. Si je n’y allais pas pendant plusieurs années c’est sûr je ne serais pas content mais…

Quand tu dis « Ça me soulage », qu’est-ce que tu entends par là ?

L. Ça change, c’est une destination vraiment spéciale, que ce soit l’hiver ou l’été.

Oui quand vous y allez l’hiver, évidemment c’est le froid, la neige…

S. : Oui cette année il y a eu 1,50 m de neige.

Vous y allez tous les hivers ?

S. : On essaie

Ça pourrait vous manquer l’hiver finlandais ?

S. : Oui c’est sûr, moi ça me manque.

L. : C’est dur. Il y a beaucoup d’étrangers qui vont en Finlande et qui font des dépressions à cause de la nuit très longue, à cause du froid tout le temps.

S. : Oui mais ça a son charme !

*I love L.A., avec Vincent Gallo.

Propos recueillis par Jean-Luc Farcy en mai 2012