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Publié : 8 février 2012

Lycéens d’ailleurs...et d’ici : # 4/8 Onya & Tesse, Néerlandaises

Onya a 16 ans, Tesse 14 ans. Elles viennent des Pays-Bas, plus précisément de la Province de Gueldre, non loin de la ville d’Utrecht. Leur père est néerlandais, leur mère irlandaise. Elles vivent en France depuis 7 ans. Onya est en première L au lycée, Tesse en seconde.

Est-ce que vous pouvez raconter votre histoire, dire pourquoi et comment vous êtes venues en France ?

Tesse : On a un père un peu « spécial », il a vu une ancienne laiterie qui tombait en ruines et il en est tombé amoureux, parce qu’autour il n’y avait personne, pas de voisins. Il y avait la grande maison du propriétaire… Il a dit à ma mère : « On va aller habiter en France ».

Onya  : On venait toujours en France en vacances, en Normandie, à Yvetot. C’était un petit camping. On y allait tous les ans, c’était le rituel. Mon père aime beaucoup la France parce qu’aux Pays-Bas c’est beaucoup plus petit, la densité est très forte, (…) et on est toujours collés les uns sur les autres en fait. Ce n’est pas très agréable d’habiter aux Pays-Bas, pour quelqu’un qui aime avoir de la place, comme mon père. Du coup il a beaucoup aimé le fait qu’on ait vraiment beaucoup de place et pour pas très cher.

Mais il voulait aussi se reconvertir professionnellement ? Qu’est-ce qu’il faisait votre père ?

O. : Il avait une entreprise de démolition, il faisait de la récup’, il récupérait les bâtiments, le matériel, qu’il revendait. Il avait une petite entreprise, il y avait beaucoup de monde qui venait chez nous, des gens qui faisaient des travaux…

Et donc en France il a fait quoi ?

O. : Il a arrêté la démolition, mais il fait toujours de la récup’ et il a retapé le terrain, à commencer par la laiterie…Il voulait mettre un toit dessus pour pouvoir mettre ses …

T. : Pour pouvoir stocker dedans, sauf que finalement il a trouvé une entreprise de démolition pour pas cher et il l’a détruite, la laiterie. C’était un truc bleu, un gros bloc de béton bleu…

O. : …pire que le lycée ! C’était vraiment moche.

T. : Dix fois pire !

O. : Du coup on l’a démolie, il a mis un autre hangar à la place, et la maison qui vraiment tombait en ruines, il a tout refait dedans. Il n’y a que les murs extérieurs qui sont encore d’origine…Ca lui a pris beaucoup de temps… Ca ne fait qu’un an qu’on habite dans la maison.

Vous avez vécu dans les travaux pendant plusieurs années alors ?

O. : On vivait dans les anciens vestiaires de la laiterie, le toit fuyait … Il faisait très froid, ce n’était pas bien isolé.

Mais vous vivez dans la maison [maintenant] ?

O. : Maintenant on a une belle grande maison…

T. : …sans trous dans le toit !

Au début ça a été un peu le camping quoi ?

O. : D’ailleurs le premier mois on a vécu dans une caravane… L’eau c’était un système (rire) parce qu’on habitait à côté de la rivière, donc le système c’était qu’on prenait un tuyau qu’on mettait dans l’eau, on pompait, ça arrivait dans un grand bac surélevé sur un Clark et là on mettait un feu dessous pour réchauffer l’eau et un autre tuyau allait dans la douche, comme ça on pouvait prendre une douche très vite fait avec l’eau qui venait de la rivière !

Pour vous petites Hollandaises qui arriviez comme ça dans un village de Normandie, qui ne parliez pas français comment ça s’est passé les premiers temps ?

T. : Les premiers temps c’était les vacances, on avait tous nos amis qui venaient, il y avait même des amis qui sont restés jusqu’à la rentrée presque, donc on ne s’en apercevait pas encore trop, c’était comme si c’était les vacances mais quand ces amis là sont partis ça a fait un choc, on s’est dit que maintenant on habitait là, on ne pouvait plus retourner voir Mamie qui habitait à 200 mètres. C’est la qu’on s’est rendues compte du changement. Quand on est allées à l’école, Onya a fait beaucoup d’efforts pour s’intégrer, pour apprendre la langue.

O. : Tesse pas du tout…

T. : … mais moi je refusais d’apprendre quoi que ce soit, je ne voulais pas parler aux gens, je ne faisais pas d’efforts pour apprendre la langue, j’étais en colère !

O. : C’était une école rurale, mais…c’est choquant même en France de voir ça, c’était une pièce de 20 m2, pour 4 niveaux et une seule maitresse. Et des bancs d’’écolier, avec des taches d’encre…Donc on s’est dit : « Oh là là c’est quoi la France ? ». En fait en parlant là avec des amis on se dit qu’on est vraiment tombées dans un trou…

...très rural quoi !

O. : Je ne sais pas s’il faut s’étendre là-dessus

Si tu as fait des efforts Onya tu as peut-être été acceptée assez vite, mais comment ça s’est passé pour toi Tesse qui refusais d’apprendre le français ? Il a du y avoir des conflits avec la maitresse ?

T. : Avec la maitresse oui ! Je la cherchais un peu je pense.

A partir de quel moment as-tu décidé de t’y mettre ?

T.  : C’est venu tout seul.

O. : D’un coup elle s’est mise à parler français. D’un coup elle est passée de l’élève qui ne parlait français à la meilleure élève de la classe. Alors là je n’ai pas compris non plus. Je pense que tout ça s’est accumulé dans la tête. Elle savait [parler] mais elle ne voulait pas, et une fois qu’elle s’est dit : « Bon, je suis coincée là, autant essayer », c’est parti tout seul !

Comment ça se passe la vie en France pour vous, pour votre famille ?

T. : A la maison on ne parle jamais français, sauf quand il y a des amis qui viennent, là on sait qu’il faut parler français, mais on n’a pas l’habitude de parler français à la maison.

O. : Entre nous deux on parle français, parce qu’on parle mieux français qu’hollandais quand même.

Ah bon ?

O. : Oui. Ca se perd…Et puis on avait 9 ans [et 7 ans], donc on a un niveau d’un gamin de 9 ans [et 7 ans].

T. : J’avais appris à écrire aux Pays-Bas et ça s’arrêtait là.

O. : C’est juste qu’en français on sait faire de plus belles phrases, on sait bien écrire alors que [en néerlandais] à l’écrit j’ai un niveau de d’un enfant de 9 ans, je fais beaucoup de fautes.

Et dans la vie quotidienne, vous continuez à vivre un peu comme des Néerlandais ?

T. : Oui. On mange plus tôt, on mange froid le midi, on mange plus vite, on fait des repas simples, il n’y a jamais d’entrée. On ne regarde pas la télé, on a essayé la télé française, le JT, et on a pas du tout aimé, donc on regarde toujours les nouvelles hollandaises, sur internet.

O. : Oui tous les soirs on regarde les infos néerlandaises.

T. : Sinon non. Quand on va aux Pays-Bas on est de plus en plus françaises en fait.

Tu peux expliquer ça ?

T. : On s’habille différemment…je ne sais pas trop comment expliquer.

O. : C’est deux cultures différentes, et maintenant on est plus adaptées à la culture française. Quand on va aux Pays Bas on doit s’adapter un petit peu, par exemple, là, on a été chez ma tante travailler pendant un mois, pour se faire de l’argent de poche et on était avec d’autres Hollandais, d’autres jeunes de notre âge, on a pu remarquer le décalage…donc on se sent quand même françaises.

Quand tu parles de décalage, qu’est-ce qui ne vous plait pas chez eux, ou au contraire qu’est-ce que vous aimez bien ?

O. : Les Français sont plus… (…) réservés que les Hollandais, les Hollandais parlent à tout le monde, si on fait la queue dans un magasin tout le monde se parle, et ils sont aussi moins [portés] sur l’école.. En France il y a beaucoup de pression sur l’école, alors qu’aux Pays-Bas, si tu n’aimes pas l’école, pas de problème, tu peux faire ça, c’est parfait pour toi !

T. : En France il y a beaucoup plus de distinction selon le niveau social et la rémunération.

O. : Aux Pays-Bas aussi, mais je pense qu’en France c’est plus creusé, les classes sociales, qu’aux Pays-Bas.

C’est plutôt positif pour les Pays-Bas ce que vous dites. Par contre qu’est-ce que vous n’aimez pas aux Pays-Bas ?

O. : Trop de monde ! Et les gens sont toujours sur notre dos. Ce que j’aime bien chez les Français c’est qu’’on peut rester tranquille…. Déjà ils [les Hollandais] habitent les uns sur les autres et c’est limite on va regarder ce que fait le voisin, alors qu’en France tout le monde se laisse tranquille.

T. : J’avais parlé à une Française qui était allée aux Pays-Bas, elle m’avait dit qu’elle avait l’impression que les Hollandais voulaient qu’on regarde par leur fenêtre.

C’est ce qu’on dit, ou qu’on lit. Je pense à une exposition de photographies où on voyait des fenêtres aux Pays- Bas ou en Belgique…la fenêtre est décorée, c’est comme un cadre, et quand la lumière est allumée on voit très bien ce qui se passe à l’intérieur

O. : C’est oppressant.

T. : Ce qu’on voit aux Pays-Bas aussi, c’est que c’est beaucoup plus rangé .Je ne dis pas que les Français sont « bordéliques », mais… tout est très carré aux Pays-Bas. Quand on regarde dans les maisons, c’est impec, tout a toujours sa place.

C’est un peu oppressant aussi non ?

O. : Oui. Moi je ne trouve pas qu’en France c’est « bordélique », je trouve que c’est agréable, c’est accueillant, mais aux Pays-Bas vraiment… les murs sont blancs, avec une photo au milieu bien cadrée, il n’y a pas des photos collées comme ça n’importe comment, c’est vraiment tout carré, tout propre.

Comment ça se passe la vie au lycée ? Est-ce que par moment vous sentez une difficulté à être Hollandaises ?

T. : Je n’ai jamais eu de difficulté vraiment scolaire, mais c’est plus souvent quand je reviens de vacances, je me rends compte du changement...

O. : Il faut toujours s’adapter ! On va souvent en Irlande aussi, et je crois que c’est là que j’ai le plus de mal à m’adapter. On y va tous les ans pour voir toute la famille en Irlande, et là je m’aperçois qu’ils sont encore différents.

Tu veux dire que tu as du mal à t’adapter quand tu rentres en France ?

O. : Ou là-bas ! Chaque fois il faut se réadapter.

Mais au lycée ? Est-ce que dans votre quotidien vous vous sentez différentes ?

O. : Non, on m’appelle « l’étrangère », mais c’est pour rigoler.

T. : Moi j’aime bien dire que je suis raciste contre les Français !

O. : Oui on fait des blagues en fait.

Au lycée vous êtes parfaitement françaises ?

O. : Oui, côté notes, pas trop de problèmes.

T. : Même pas du tout.

A l’inverse est-ce qu’au lycée la nationalité néerlandaise, ou vos origines irlandaises, ça vous aide ?

O. : Pour les langues oui. En allemand ça m’aide beaucoup. En anglais, vu que notre mère est irlandaise on parle presque couramment, enfin couramment anglais, donc c’est pas mal aussi ça.

Le néerlandais ressemble à l’allemand…

O. On ne peut pas parler allemand à partir du Néerlandais mais on comprend beaucoup (...)

T. : Il y a une grosse différence sur la prononciation, par contre il y a beaucoup de mots qui se ressemblent à l’écrit.

De quelle nationalité êtes-vous aujourd’hui ?

O. : Hollandaises. On n’a pas le droit…enfin (montrant Tesse) elle elle a le droit [de prendre la nationalité française]

T. : J’ai le droit mais je ne veux pas.

O. : Et moi je n’ai pas le droit encore.

De quelle nationalité vous sentez vous ?

O. : Je ne sais pas.

T. : Tout. Parce qu’on a toujours été un peu…déjà aux Pays-Bas on était un peu différentes, des fois on aimait bien se définir comme irlandaises puisqu’on l’était à moitié, déjà on était à cheval sur deux cultures mais là ça en fait une troisième.

O. : Je ne me sens pas française parce que j’ai eu tout un passé pas en France, d’un autre côté je ne peux pas non plus me considérer comme hollandaise parce que j’ai loupé quand même sept ans aux Pays-Bas. Je ne sais pas trop. Mais je pense que ce qui est ancré dans mes habitudes c’est plus français.

Vous aurez des choix à faire ? Tu disais Onya que Tesse pouvait choisir dès maintenant la nationalité française. Toi tu pourras à 18 ans…Vous allez faire quoi ?

O. : Moi je pense que je vais demander la nationalité française.

De toute façon dans ce cas là vous avez la double nationalité non ?

O. : Oui.

T. : Moi je ne sais pas mais depuis le début en fait, même si je n’avais pas encore un plan pour partir, je n’ai jamais pensé que j’allais rester. Je ne sais pas trop où je vais aller après mais je ne pense pas que je vais rester en France.

Ca c’est différent.. Je parlais de la nationalité.

T.  : Oui du coup je ne vais pas prendre la nationalité française. Jamais.

Parce que tu ne penses pas rester en France ?

T. : Non. Je pense que je vais retourner aux Pays-Bas, donc autant garder la nationalité, ne rien changer…

Donc tu te considères finalement plus hollandaise que française. Si tu as envie de retourner aux Pays-Bas c’est quand même que quelque part tu te sens mieux là-bas. Et toi Onya tu penserais retourner aux Pays-Bas ?

O.  : J’hésite. Au début je disais : « Non c’est sûr je vais rester en France », et là, un mois aux Pays-Bas [pour travailler] ça m’a quand même un peu tout bousculée, donc je pense que je verrai. Mais je suis partie pour rester en France.

Qu’est-ce qui vous manque de votre pays d’origine ?

O. : On a un demi-frère qui vit aux Pays-Bas, et il nous manque quand même beaucoup. On ne le voit que pendant les vacances, et encore il faut qu’on puisse aller là-bas.

T. : On a une cousine qui vient d’avoir un enfant et on l’adore cette cousine et on doit attendre avant d’aller le voir.

O. : On a une grande famille, et on habitait tout près, donc on s’entend vraiment bien avec la famille et c’est ça qui est dommage… Parce que là, c’est pareil, j’entends les gens qui disent : « Je vais chez ma Mamie, je vais chez ma tante », mais moi je ne peux pas, il faut que j’attende les vacances, ça fait trop loin.

Par rapport à ce que tu as dit Tesse, est-ce que vous vous sentez européennes ? Est-ce que ça a du sens pour vous l’Europe ?

T. : Oui, plus européennes qu’une d’une des trois nationalités.

Propos recueillis par Jean-Luc Farcy en novembre 2011