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Publié : 17 janvier 2012

Lycéens d’ailleurs…et d’ici : # 1/8 Lilli & Sophia, Allemandes

Lilli a 15 ans, Sophia 17. Elles sont allemandes, vivent à Dresde, et viennent de passer deux mois au lycée, dans le cadre du programme d’échanges franco-allemands « Brigitte Sauzay ». En Allemagne elles préparent l’ « Abi-bac » (contraction de L’Abitur allemand et du bac français), avec une partie des épreuves en français…

JLF. : Comment ça se passe au lycée ?

Lilli : Au lycée c’est un petit peu compliqué de décrire parce que notre système scolaire en Allemagne est différent [de celui] de la France. C’est un petit peu difficile pour nous de comprendre ce système. Ici c’est le prof, qui est la première autorité, et les élèves sont comme les parasites (rire). En Allemagne nous avons une bonne coopération et une bonne communication avec notre prof, nous parlons des problèmes et nous sommes très actifs, nous avons beaucoup de débats et nous discutons beaucoup. Ici en France c’est « travailler, travailler, travailler » », le prof parle et les élèves écrivent. C’est la raison pour laquelle c’est difficile, pour moi c’est pas normal de travailler comme ça.

Sophia : C’est un système complètement différent. Mais je pense que les élèves français sont contents avec ce système. Parce qu’ils ne connaissent pas un autre système. Dans notre système il y a aussi des défauts. Mais c’est notre système « normal ».

L. : Moi je trouve que notre système scolaire est meilleur, je préfère notre système scolaire parce que je pense que c’est une bonne préparation pour notre futur, pour l’Université, parce qu’à l’Université nous n’avons pas des profs qui disent « alors aujourd’hui c’est ça, ça et ça », il faut travailler individuellement.

Tu penses que le lycée en France encadre trop les élèves et ne leur apprend pas l’autonomie dont ils auront besoin à l’Université ?

L. : Je crois mais je ne suis pas sûre.

Sophia, puisque tu penses que le système allemand a des défauts, peut-être que tu penses aussi que le système français a des qualités ?

S. : Moi j’ai les mêmes impressions que Lilli, mais une différence entre Lilli et moi est que Lilli est plus expressive, je suis une personne très calme (Lilli rit) et c’est la raison pour laquelle je n’ai pas de grands problèmes avec le système français. Moi je n’ai pas de problème à seulement écouter le prof. Bien sûr je voudrais aussi discuter avec le prof, je voudrais aussi dire mon opinion…

L. : Oui elle a raison, moi je ne suis pas calme, je ne suis pas timide ! (…) En Allemagne nous sommes toujours confrontés avec les problèmes actuels, nous discutons dans les cours sur des thèmes actuels, Oussama Ben Laden, Barack Obama, et ici en France ça n’existe pas…C’est la raison pour laquelle je pense que les élèves ne sont pas intéressés par la vie culturelle, politique…En Allemagne les profs nous disent « il faut que vous vous engagiez » (…)

En France il y a aussi des professeurs qui font des débats et des discussions, ça dépend aussi des professeurs. Est-ce que vous avez ici au lycée appris des choses que vous n’auriez pas apprises en Allemagne ?

L. : Naturellement. En français nous avons appris beaucoup sur la littérature et sur la grammaire parce qu’ici les élèves français aiment répéter la grammaire de la langue française et ça ça n’existe pas en Allemagne. Nous ne répétons pas la grammaire allemande, parce que nous sommes en dixième en Allemagne et les profs disent « il faut que vous connaissiez toutes les conjugaisons et on ne peut pas répéter ça »

S. : Moi ce que j’ai appris beaucoup et que je trouve très intéressant, c’est le point de vue sur l’histoire. J’ai parlé avec des amis et ils ont un point de vue complètement différent sur la Deuxième Guerre mondiale et c’était intéressant de faire connaissance avec d’autres points de vue et d’ autres opinions. Je pense que ces opinions ont changé un peu mon opinion à moi, et je pense que j’ai maintenant une meilleure opinion sur quelques thèmes.

L. : Oui Sophia a raison, j’ai discuté aussi avec des adultes sur l’histoire, nous avons discuté sur le national-socialisme et les Français ont dit « Alors le national-socialisme c’était Hitler et catastrophe ! et la pauvre population… » Et j’ai dit « Attention, attention, (…), Adolf Hitler il a manipulé la population c’est vrai, mais la population n’a pas réagi, (…) c’est la raison pour laquelle j’ai dit « Attention »… mais c’est normal parce qu’en Allemagne nous parlons beaucoup sur le national-socialisme, c’est le thème le plus important parce que c’est notre histoire…(…)

En quoi c’est une chance pour vous cette expérience de deux mois en France ?

S. : Je pense qu’on a eu la possibilité de connaitre les gens, la mentalité des Français. Quand on fait un voyage de deux semaines c’est pas possible de dire « Oui je connais la mentalité des Français ». Je pense que comme ça nous avons vu comment les Français vivent, comment ils mangent, tout ça.

L. : Je trouve bien la confrontation de l’Allemagne et de la France. C’était très intéressant pour moi et j’ai gagné beaucoup d’expérience, maintenant j’ai une autre vision de la nationalité française. Je pense que la France est un pays différent de ce que je pensais.

Qu’est-ce qui a changé pour toi dans ton opinion sur la France ?

L. : Pour moi, il y avait beaucoup de clichés. En Allemagne on a beaucoup de clichés sur la France, « les Français mangent de la baguette, les Français sont arrogants, ils n’acceptent pas les autres cultures etc »… et c’est pas vrai, c’est pas vrai. Naturellement il y a des Français qui sont arrogants, mais il y a aussi des Allemands qui sont arrogants, c’est pas la nationalité…

S. : On imagine en Allemagne que les Français sont des gens qui ne veulent pas parler avec les gens des autres pays, ne veulent pas parler des langues étrangères, mais c’est pas vrai, c’est vraiment pas vrai. Moi j’ai appris que les Français sont très ouverts, et très gentils.

L. : Et en Allemagne on dit aussi « Les Français ils n’acceptent pas les Allemands », c’est pas vrai, les Français ils nous acceptent.(…)

S. : Nos commentaires ont l’air de dire que tous les Allemands pensent que les Français sont arrogants, mais c’est pas comme ça…

Oui c’est certains Allemands qui pensent que les Français sont arrogants, c’est pareil en France, certains Français pensent que les Allemands…

L. :… sont très stricts, et organisés, mais c’est pas vrai (rires)

Qu’est-ce que vous allez faire maintenant ? Et dans l’avenir ?

L. : Après l’échange il faut que je j’apprenne beaucoup pour le lycée allemand, parce que j’aurai beaucoup de travail. (…) Et après mon bac je veux étudier le droit, parce que je veux être avocate.

S. : Comme Lilli a dit on devra travailler beaucoup parce qu’ici en France nous n’avons pas étudié les mêmes thèmes qu’en Allemagne. Mais en Allemagne nous passons l’Abi-bac avec l’histoire, la géographie et le français en français. Et j’ai l’impression que nos profs en Allemagne essaient de faire les cours d’histoire et de géographie comme en France parce que ce sont les mêmes thèmes, les mêmes livres et en France nous avons eu la possibilité d’avoir des cours d’histoire-géo vrais… Moi je voudrais étudier l’architecture dans un pays francophone.

Pourquoi dans un pays francophone ?

S. : J’ai une image dans la tête, je voudrais habiter dans un pays étranger parce que dans ma famille c’est comme ça, ma mère est Bulgare et pour moi c’est normal de ne pas vivre avec les grands parents dans le même pays. Et moi je ne sais pas exactement ce que j’aime bien de la culture française, mais je peux m’imaginer vivre en France ou dans un pays francophone.

L. : Je pense que la relation entre moi et la France c’est la langue. J’adore la langue française, c’est une mélodie, c’est une chanson, pour moi la connexion c’est la langue.

S. : Nous sommes dans un lycée français en Allemagne et on parle beaucoup le français et je ne peux pas m’imaginer qu’après le bac j’arrête de parler le français, c’est pas imaginable, ce serait…

L. : …une catastrophe !

Une question que j’ai oublié de vous poser c’est pourquoi vous avez choisi le français au départ ?(…)

L. : Quand nous avons visité notre lycée nous n’avons pas eu la possibilité des choisir, c’est un lycée spécialement pour le français, nous avons aussi l’espagnol et l’anglais mais pas effectivement comme le français…

Pas Abi-bac …

L. : Oui, il a seulement la possibilité de faire l’ Abi-bac français-allemand.

S. : Et je pense qu’à Dresde, je sais, c’est une raison pas très bonne, mais à Dresde il y a seulement notre lycée qui est vraiment très bon pour les langues et quand nous avons eu la possibilité de choisir (…) c’est le français [qui s’est imposé…](…)

Qu’est-ce que vous regretterez quand vous serez rentrées en Allemagne ?

L. : Mes amis français, oui mes amis français. Et le séjour, c’était plus calme qu’en Allemagne, et je me suis beaucoup relaxée ici, et c’était bien. Et le fromage, la baguette (rire)...

S. : Je pense que je vais regretter…bien sûr les gens, nos amis, on a fait connaissance de beaucoup de gens, et je suis sûre que tous mes amis vont me manquer.

L. : Ici en France il y a beaucoup d’individualistes, c’est différent de l’Allemagne [où] il y a des groupes de jeunes, mais ici il y a beaucoup d’individualistes, je trouve que c’est intéressant.

Des individualistes ? C’est-à-dire des gens qui sont souvent seuls ?

S. : Non pas qui sont souvent seuls [mais] qui ont leur propre opinion, leur propre style...

Et Dieppe alors, parce que c’est très différent de Dresde… Est-ce que vous allez regretter quelque chose de Dieppe ?

S. : La mer !

L. : La mer naturellement.(…) Je suis née au nord de l’Allemagne, au bord de la mer, je suis une fille de la côte (rire), et oui la mer va me manquer.(…)

S. : Je peux dire que c’était franchement une expérience dont je suis très fière.

L. : Une expérience pour ma vie, oui c’est ça l’échange.

Propos recueillis par Jean-Luc Farcy en novembre 2011.
Quelques formulations ont été légèrement modifiées, pour la clarté et la fluidité du discours ; en revanche, certains termes ou tournures qui ne sont pas ceux qu’on utiliserait en français ont été transcrits tels quels, pour conserver aux propos de Lilli et Sophia leur « accent » allemand…